GUÉHINOM ET GÊNE

La tradition veut que Guéhinom soit la contraction du nom de la Vallée du fils d’Hinom : Gué ben Hinom.

Gué désigne dans la Bible un vallon étroit, comme le vallon de l’ombre de la mort, évoqué dans le psaume : « Dieu est mon berger ».

 

« Dieu est mon berger » (Téhilim 23, 4)

  גַּם כִּי-אֵלֵךְ בְּגֵיא צַלְמָוֶת, לֹא-אִירָא רָע– כִּי-אַתָּה עִמָּדִי

 תהילים כג, ד

 

 « Dussé-je suivre la sombre vallée de la mort, je ne craindrais aucun mal, car Tu serais avec moi. » (trad. du Rabbinat)   

  

            « Oui, je vais aussi au val d’ombremort, mais je ne frémis pas du mal, oui, tu es avec moi ». (Trad. d’André Chouraqui)

 

Quant au vallon du Fils d’Hinom, il est situé au sud-ouest de Jérusalem sous la citadelle de David et il abrite aujourd’hui un amphithéâtre à ciel ouvert, la piscine du Sultan, et la cinémathèque.

À l’époque biblique, c’est dans cette vallée, à l’endroit nommé Tofèt, que divers rois renégats (Achaz et Menassé), et des judéens idolâtres sacrifiaient au dieu cananéen Moloch (Molekh en hébreu), un dieu lié au monde souterrain des morts. Ils allumaient un grand feu et y brûlaient vifs leurs enfants.

La Bible condamne en plusieurs endroits cette pratique qui a fini par identifier Tofèt et Guéhinom avec l’enfer.

 

וּבָנוּ בָּמוֹת הַתֹּפֶת, אֲשֶׁר בְּגֵיא בֶן-הִנֹּם, לִשְׂרֹף אֶת-בְּנֵיהֶם וְאֶת-בְּנֹתֵיהֶם, בָּאֵשׁ

לָכֵן הִנֵּה-יָמִים בָּאִים, נְאֻם-יְהוָה, וְלֹא-יֵאָמֵר עוֹד הַתֹּפֶתוְגֵיא בֶן-הִנֹּם, כִּי אִם-גֵּיא הַהֲרֵגָה; וְקָבְרוּ בְתֹפֶת, מֵאֵין מָקוֹם

ירמיהו ז, לא-לב

 

« [Les enfants de Juda] ont bâti des hauts lieux à Topheth dans la vallée de Ben-Hinnom, pour brûler au feu leurs fils et leurs filles. […] C’est pourquoi voici, les jours viennent, dit l’Éternel, où l’on ne dira plus Topheth et la vallée de Ben-Hinnom, mais où l’on dira la vallée du carnage ; Et l’on enterrera les morts à Topheth par défaut de place.»  (Jérémie 7, 31-32, traduction Chouraqui)

 

En hébreu moderne, ech tofèt désigne un « feu d’enfer », un incendie incontrôlable, et dans le langage militaire « des tirs d’enfer ». Pendant la guerre de Kippour, les soldats de Tsahal ont fait face à un èch tofèt, un « feu d’enfer ».

Notons que Guéhinom a donné en vieux français le substantif : « Géhenne », l’enfer, le lieu des supplices, qui a signifié par extension : torture, supplice.

Le mot s’est altéré et adouci avec le temps : la « gêne » est aujourd’hui un simple désagrément, un embarras, un sentiment de malaise. Mais qui se souvient que « gêne », vient bien du nom biblique Guéhinom ?

 

Les mots de « La minute d’hébreu » 

Guéhinom, Enfer Guéhinom גיהנום
Vallée, vallon gué גֵּיא
Tofète, Enfer tofèt תופת
Feu d’enfer, des tirs d’enfer ech tofèt  אש תופת

Photo de Jérusalem, La Vallée des fils d’Hinom prise vers 1898 : Collection Arik et Edith Matesson, Librairie du Congrès